L’anémie entrepreneuriale au Québec

L’anémie entrepreneuriale au Québec

BLOGUE. Au début du XXe siècle, des économistes ont validé un lien entre l’entrepreneuriat et la croissance économique. C’est un cycle qui s’autoréalise : Plus il y a d’entrepreneurs, plus l’économie croît et plus l’économie croît, plus il y a d’entrepreneurs! Concrètement, cela se traduit généralement par une hausse de la prospérité individuelle et collective.

Pourtant, l’index entrepreneurial du Québec, mesuré par les taux de création d’entreprise et d’intention d’en créer, nous place plutôt au bas de l’échelle. La Fondation de l’entrepreneurship suggère qu’il y a 40 % moins d’entrepreneurs au Québec que dans le reste du Canada. 40 % ?!?!

Si la tendance se maintient…

D’ici 2020, le Québec aura un déficit entrepreneurial : il manquera 38 000 gens d’affaires prêts à prendre la relève d’entreprises existantes. Le nombre de départs à la retraite des propriétaires d’entreprises et de commerces sera plus important que le nombre d’entrepreneurs prêts à acquérir ces entreprises et capables de le faire. Tous y passent : tant l’agence de recherche de cadres que le nettoyeur et le cordonnier du quartier. Pourtant, la population augmente, alors pourquoi avons-nous si peu de gens prêts à se lancer en affaires?

Le complexe du « p’tit pain »?

D’après la Fondation de l’entrepreneurship, il existe un fossé entre ce que pense le Québécois individuel (« je ») et ce qu’il croit que son entourage pense (« nous »). La culture personnelle semble entrepreneuriale, mais l’opinion du « nous » en tant que collectivité, elle, ne l’est pas. Cette dévalorisation du « nous entrepreneurial » est préoccupante; elle contribue au fait que les valeurs entrepreneuriales – la réussite, l’accomplissement, l’ascension (sociale, financière, politique) – demeurent tabous et faciles à dénigrer. « Monsieur se paie la traite, pas de problèmes d’argent, lui! » ou encore « Il doit y avoir quelque chose de croche dans tout ça. De toute façon, sa voiture est ‘plaquée F’… »

Le succès est-il mal vu au Québec? On se moque des gens qui veulent se démarquer par leur ambition, qui veulent vivre leur rêve ou, dans certains cas, explorer leur génie? Mais voyons donc!?! On se rappelle tous notre passage à l’école secondaire, n’est-ce pas?

Ce culte de la médiocrité me préoccupe. Pour notre avenir économique, oui, mais aussi pour mes enfants. Je ne veux pas qu’ils aient un jour peur du succès ou de l’échec, qu’ils appréhendent de donner le meilleur d’eux-mêmes faute d’être tournés en risée, qu’ils se taisent pour se conformer au standard le plus bas…

Et vous, M. Chouinard?

Moi aussi, je minimise parfois mes réalisations; je ne veux pas avoir l’air d’un « péteux de broue ». On m’a déjà dit que je souffrais du syndrome de l’imposteur, forme de doute maladif qui consiste essentiellement à nier la propriété de tout accomplissement personnel. Peut-être bien, mais j’ai bien peur que ce soit la société québécoise au complet qui souffre de ce syndrome… Si « Québec sait faire », soyons-en fiers!

Entreprendre, c’est le chemin de l’accomplissement de soi. Au-delà de l’audace de se lancer en affaires, on peut « entreprendre » de fonder une famille, de retourner aux études, de planifier un long voyage, de donner du temps à une cause qui nous tient à cœur – autant de gestes qui contribuent à notre épanouissement personnel ainsi qu’à l’essor et au rayonnement de notre société tout en nous permettant de grandir.

Des outils pour aider l’entrepreneur

Il faut évidemment encourager les initiatives entrepreneuriales, que ce soit par des subventions, des incitations fiscales ou des programmes de mentorat. Si une amie se lance en affaires, faites taire vos doutes et encouragez-la! Le RJCCQ a même proposé un moyen d’utiliser les fonds accumulés dans un REER pour acquérir une entreprise, un peu à l’instar du RAP, utilisé par de nombreux acheteurs comme mise de fonds pour l’achat d’une première maison. Emmenez-en, des idées!

Ce n’est pas demain la veille que l’on va guérir de notre problème d’estime de soi collectif. En attendant, je vous incite à voir grand, à cultiver vos rêves, à encourager l’esprit entrepreneurial et à appuyer les entreprises d’ici. Pour en savoir plus sur l’entrepreneurship au Québec, allez faire un tour sur les sites de l’École d’entrepreneurship de Beauce (www.eebeauce.com/) ou sur le site de la Fondation de l’entrepreneurship (www.entrepreneurship.qc.ca).

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  1. Pingback: Citation du jour : Éric Chouinard, cofondateur de iWeb | Sébastien Provencher

  2. Bonjour Éric,

    Je suis entièrement d’accord avec toi. Il faut encourager l’entrepreneurship et il faut aussi s’encourager entre entrepreneur, se réunir, s’entraider, faire le pas supplémentaire que d’autres ne feront jamais. La seule façon de nous guérir en tant que peuple, est de faire des exemples de solidarité entrepreneurial et ce, autant dans l’échec que dans la réussite.

    Nous avons tous eu à un moment ou un autre le complexe de l’imposteur.
    Je me prend de temps à autres à ressentir l’émotion, mais je m’efforce dans la seconde qui suit
    de me rappeler ce que j’ai du affronter pour être encore en affaires depuis 23 ans et le complexe disparait.
    On ne définit pas un entrepreneur à ses réussites mais à son désir, sa persistance,
    sa résilience, son acharnement à construire quelque chose de plus grand que lui. :)

    Je donne une formation à l’ETS au début février à de jeunes entrepreneurs.
    Si tu le permets, je ferai référence à ton texte. Bravo pour tes réalisations… cher entrepreneur :)

    Ben

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